L’amiral Cavo Dragone, président du Comité militaire de l’OTAN, vient de franchir un nouveau Rubicon rhétorique : des “frappes préventives” contre la Russie seraient une “action défensive”. Cette novlangue orwellienne – attaquer préventivement pour se défendre – rappelle les pires heures de la doctrine Bush qui, on s’en souvient, justifia l’invasion de l’Irak. Et, aujourd’hui encore, notre sang se glace.
Les “110 actes de sabotage” invoqués pour justifier cette escalade méritent examen : câbles coupés, cyberattaques, la plupart jamais formellement attribués à Moscou. Mais peu importe la vérité : ces incidents deviennent le prétexte pour normaliser l’idée de frappes contre une puissance nucléaire. La mission “Baltic Sentry” transforme la Baltique en poudrière où le moindre incident pourrait déclencher l’apocalypse.
Cette déclaration n’est pas un dérapage mais une étape calculée dans la préparation psychologique à la guerre. Après Macron et son service militaire “pour se tenir prêts”, après le général Mandon demandant “d’accepter de perdre nos enfants”, voici la doctrine de la première frappe présentée comme légitime défense. La porte-parole russe du ministère des Affaires étrangères, Maria, Zakharova, dénonce l’“irresponsabilité” de ces propos, mais la Russie joue le même jeu avec ses propres provocations. Les 2 camps s’enferment dans une spirale où chaque escalade de l’un justifie celle de l’autre, chaque camp se prétendant en position défensive tout en préparant l’offensive.
Le plus terrifiant, c’est l’absence de réaction jusqu’ici. Un amiral de l’OTAN peut désormais évoquer publiquement des frappes préventives contre la Russie sans provoquer aucun tollé général. Depuis des années, on habitue les opinions à l’impensable – une confrontation directe OTAN-Russie – et ça marche. Nous assistons donc en direct à la marche vers l’abîme, où la “défense” devient agression, la “prévention” devient attaque première, et où les marchands de mort préparent méthodiquement leur prochaine moisson.
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