Regardez-les s’agiter, nos dirigeants. Cet été, le ministère de la Santé a demandé aux hôpitaux et aux agences régionales de santé de se préparer à soigner des centaines de milliers de blessés de guerre. Macron lance son service national « volontaire » (3000 jeunes en 2026, 50000 en 2035). L’Allemagne vote le sien vendredi dernier : de 183000 à 460000 soldats mobilisables, questionnaires obligatoires, examens médicaux forcés, et conscription activable « si nécessaire ». La Suède a déjà rétabli la sienne, la Pologne l’étend. Partout en Europe, on fabrique méthodiquement de la chair à canon.
À l’Est, c’est l’hystérie guerrière totale. La Pologne dépense déjà 4,7% de son PIB pour l’armée – plus que les États-Unis ! – et veut l’inscrire dans sa Constitution. 230000 soldats prévus pour fin 2025. La Lettonie a rétabli le service obligatoire en 2024 pour tous les hommes de 18 à 27 ans. La Lituanie discute d’étendre le sien aux femmes. L’Estonie mobilise sa « société entière » avec ses réserves massives. La Roumanie lance son programme « ReArm » dans une « course contre la montre » jusqu’en 2030. Tous ces pays alignent leurs stratégies sur la même date fatidique : être prêts pour 2030.
Les budgets explosent dans une synchronisation parfaite. L’OTAN exige 5% du PIB d’ici 2035 (13400 milliards de dollars au total). L’Allemagne débloque 649 milliards sur 5 ans. L’UE mobilise 800 milliards. Les États baltes visent tous 3% minimum. L’industrie d’armement occidentale a multiplié par 8 sa production d’obus (2,4 millions par an, bientôt 3 millions). On ne prépare pas la paix avec de tels chiffres. Du reste, le Conseil OTAN-Russie vient d’être dissous, brûlant les dernières passerelles diplomatiques…
L’Italie n’est pas en reste dans cette marche vers l’abîme. 33 milliards annuels pour l’armée, une doctrine de « Méditerranée élargie » qui justifie des interventions jusqu’en Afrique et en Asie, un « Comité pour la culture de la défense » mobilisant intellectuels et journalistes. À Gioia del Colle, on fait défiler des enfants du primaire en gilets pare-balles. Le gouvernement Meloni ressuscite le culte du 4 novembre, glorifiant une guerre qui a fait 600000 morts italiens pour les profits des industriels. De Rome à Stockholm, de Madrid à Varsovie, c’est la même partition : militariser les esprits, enrôler la jeunesse, préparer la chair à canon.
La course à l’abîme semble parfaitement synchronisée. Le timing est partout le même : opérationnel vers 2026-2027, montée en puissance jusqu’en 2030-2035. Comme par hasard, cela correspond exactement aux prédictions de « confrontation directe avec la Russie d’ici 2030 » que répètent en boucle nos états-majors. Même Elon Musk, entre deux contrats avec le Pentagone, nous annonce la guerre mondiale « inévitable » d’ici 5 à 10 ans. Et partout les services de renseignement répètent que Moscou « retrouvera une capacité offensive entre 2030-2035 » – prophétie autoréalisatrice qui structure déjà toutes les décisions. L’EU Institute for Security Studies parle pudiquement d’« économie de guerre partielle ». Partielle ? Quand la Pologne veut imposer 3% minimum à toute l’OTAN ?
Côté réarmement, les préparatifs s’accélèrent. Dassault va pouvoir augmenter son rythme de production de Rafale. La production de canons Caesar a été doublée. Près de Lorient, la Fonderie de Bretagne, qui fabriquait des pièces pour l’automobile, se lance dans la production d’obus. Comme en 14-18, l’industrie se reconvertit pour les marchands de canons. Et pour cela, l’argent ne manque pas : le budget militaire est en hausse de 3,5 milliards d’euros ! On ferme des hôpitaux, on détruit les services publics, mais on trouve 800 milliards pour tuer en masse.
Et puis, il y a surtout le bourrage de crâne pour nous mettre en condition. Pas un jour ne passe sans que la Russie soit présentée comme l’ennemi numéro 1. Pas un jour sans que les experts, le doigt mouillé, nous disent qu’elle se prépare à nous attaquer et qu’il faut se mettre en situation de se défendre. Le piège se referme avec efficacité. La Russie a beau insister sur le fait qu’elle n’a strictement aucun intérêt territorial à défendre au-delà de quatre oblasts ukrainiens (Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijjia) et de la Crimée, à clamer que les cris d’orfraie de l’OTAN sont « absurdes », elle reconnaît devoir aussi se préparer contre la menace occidentale. Et Poutine d’avertir qu’il est « prêt dès maintenant » pour la guerre, et Medvedev de confirmer l’OTAN « ennemi » de la Russie… Pendant ce temps, l’amiral Cavo Dragone de l’OTAN théorise les « frappes préventives défensives » contre la Russie – attaquer en premier pour se défendre, la novlangue dans toute sa splendeur.
« En cas de menace avérée, nous sommes prêts à défendre nos populations », a déclaré Alexus Grynkewich, commandant suprême des forces OTAN en Europe, au Monde le 24 septembre. Abattre un drone russe ? « Une décision facile ». Un avion de chasse ? « Un risque d’escalade plus élevé surtout si l’opération cause des morts d’un côté ou de l’autre ». Mais il faut « prendre au sérieux » cette « menace à 360 degrés ». Le message est limpide : préparez-vous à la guerre. Et que les Européens « en fassent davantage » car les États-Unis n’ont « pas les moyens de tout faire » face à « la menace militaire réelle » de la Chine dans l’Indo-Pacifique. Cette « menace à 360° » justifie donc que tous les États augmentent leurs dépenses militaires. Cette propagande doit battre son plein pour faire accepter ces sacrifices aux populations, et préparer les esprits à la guerre. Militariser les esprits des populations constitue la première étape de la marche à la guerre…
L’enjeu ultime ? Accéder aux richesses de la Russie. Au moment où Moscou est affaiblie par sa guerre en Ukraine, l’impérialisme occidental se saisit de cette opportunité pour tenter de replacer la Russie dans son giron – ce qui n’était plus le cas depuis 1917. C’est pour cela qu’en France le général Mandon, ancien chef d’état-major particulier de Macron, nous demande « d’accepter de perdre nos enfants »…
Bref, de Tallinn à Bucarest, de Varsovie à Paris, de Berlin à Londres, c’est la même partition macabre : budgets explosifs structurés sur des plans 2025-2030, retour de la conscription, doctrines alignées sur une confrontation avec la Russie, militarisation accélérée présentée comme « défensive ». L’Europe entière se transforme en caserne, l’horizon 2030 structure toutes les décisions. Ce n’est plus une hypothèse mais une préparation méthodique. Les gouvernement européens commencent même à publier des kit de survie incluant la situation de guerre…
En France, l’opposition à la guerre n’existe pas. Même Roussel (PCF) prend place aux côtés d’un Macron, d’un Bardella ou d’une Le Pen, parmi les politiciens se revendiquant de De Gaulle au nom des intérêts de la France. L’objectif, en bon héritier du stalinisme : rester dans le jeu politicien et se montrer respectueux des intérêts de la bourgeoisie française. Conséquence : le PCF (mais il en sera naturellement de même de toute la gauche parlementaire) n’offre aucune perspective à ceux qui veulent se battre contre la guerre qui vient. Heureusement, la jeunesse n’est pas toujours dupe : le 5 décembre, dans les rues de 90 villes allemandes, des milliers de jeunes et d’étudiants – qui ont compris, eux, qu’on les prépare pour l’abattoir – ont défilé contre la conscription et l’expansion de la Bundeswehr…
Mais il faudra bien davantage pour arrêter les galonnés et les marchands de canons. Pour l’heure, tous les signaux sont au rouge. France, Royaume-Uni, Italie, Pologne, Belgique, Suède, Roumanie, pays baltes, maintenant l’Allemagne, organisent simultanément la préparation méthodique d’une guerre continentale. Sous prétexte de « menace russe », l’Europe se transforme en caserne géante, créant les conditions du conflit qu’elle prétend éviter. Et la militarisation s’accélère, les budgets explosent, les effectifs gonflent, la propagande martèle et les derniers canaux diplomatiques se ferment. Et 2030, c’est déjà demain…
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