.[notes & articles pour une dérive contrôlée].

Septembre-novembre 2025 (3) | Trois mois de consolidation oligopolistique du capitalisme algorithmique

[1 et 2]

Des chiffres lus dans la revue de presse de Perplexity (9 novembre 2025) révèlent la matérialité brutale de la mutation en cours. Les géants de la technologie (Google, Meta, Microsoft, Amazon) ont dépensé 112 milliards de $ en 3 mois pour leurs infrastructures, McKinsey estimant à 7 trillions les investissements nécessaires dans les data centers d’ici 2030. Autrement dit, une infrastructure physique colossale – serveurs, climatisation, électricité – pour constituer la base matérielle indispensable au fonctionnement des blockchains, des smart contracts, des registres tokenisés et des milliards de transactions quotidiennes qu’implique la tokenisation générale.

Ce qui interpelle dans cette séquence, c’est son mode de financement : une explosion de dette structurée complexe (on a déjà perlé dasn les 2 précédents billets de cette note). Dans la news de perplexity, cette fois, c’est Blackstone qui refinance sa filiale QTS Data Centers avec 3,46 milliards de titres adossés à des créances hypothécaires commerciales (CMBS), soit la plus importante transaction de ce type en 2025. Pendant ce temps-là, Meta monte un machin ad hoc de 30 milliards hors bilan pour son data center en Louisiane. Exactement les mêmes instruments opaques et multicouches qui ont mené à la crise de 2008 – CMBS, ABS, véhicules ad hoc – et qui financent aujourd’hui l’infrastructure du monde tokenisé…

La circularité fait peur : on s’endette massivement via des instruments de dette complexe pour construire l’infrastructure qui permettra de tokeniser la dette elle-même. Le capitalisme finance sa propre mutation en pariant sur sa capacité future à transformer tous les actifs – y compris cette dette – en tokens échangeables sur des marchés liquides. C’est une colonisation du futur : on monétise des revenus hypothétiques (utilisation des data centers, contrats de cloud computing) en les transformant en titres échangeables aujourd’hui. La logique est spéculative de bout en bout, et ce avec au moins 3 éléments explosifs qui convergent : un surinvestissement massif (7 trillions d’ici 2030, plus que le PIB de l’Allemagne et du Japon combinés), un surendettement croissant (la Banque d’Angleterre alerte en octobre 2025 sur le glissement dangereux « des flux de trésorerie à l’accumulation de dettes »), et des rendements incertains (personne ne sait vraiment quel sera le ROI de ces investissements IA). Et les signaux d’alarme ont beau se multiplier – l’action Meta qui chute de 11% après l’annonce de plans de dépenses agressifs, ou la Banque d’Angleterre qui met en garde contre les risques systémiques… –, la course aux armements continue à plein régime car aucun acteur ne peut se permettre de ralentir sans perdre sa position.

Le plus beau, c’est la contradiction centrale qui structure cette dynamique : le projet de tokenisation promet transparence, traçabilité et calculabilité universelle – la « single source of truth » où tout devient visible et mesurable –, et, pourtant, ce projet se finance par des montages financiers de la plus grande opacité : des « véhicules hors bilan » (off-balance-sheet vehicles en anglais), des produits structurés multicouches, une dette cachée dans des entités ad hoc… C’est comme si le capitalisme avait besoin d’une zone d’ombre maximale (la dette complexe) pour construire l’infrastructure d’une transparence totale (la blockchain).

Une contradiction toute relative, toutefois : tout sera visible et traçable pour les actifs ordinaires et les agents économiques ordinaires, mais les structures de pouvoir et de financement resteront opaques. Rien de neuf sous le soleil, au fond…

Bref : la tokenisation = une infrastructure physique colossale, gourmande en capital, en énergie, en matières premières + une montagne de dette structurée dont personne ne peut vraiment mesurer les risques…


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