.[notes & articles pour une dérive contrôlée].

[note] Emanuele Coccia, ou la philosophie comme parfum de luxe

Emanuele Coccia, Pangloss à l’EHESS traduit en 10 langues et cosignataire d’un livre avec le directeur artistique de Valentino sur « la philosophie du réenchantement », nous explique dans cette émission que « tout ce qui est beau, c’est de l’amour fossile sédimenté dans la matière. » Les téléphones, les voitures, les bijoux, les vêtements : toutes les marchandises qui existent sur la planète sont, selon lui, « le fruit d’une passion infinie pour le monde. » Quant à la distribution de la richesse, elle dépend des « choix érotiques » des parents, ce qui fait de l’héritage capitaliste une histoire d’amour, et de la révolution industrielle « un pari réussi dans l’essence » qui nous a rendus « plus heureux, plus sereins. » Marx avait un nom pour ce geste : le fétichisme de la marchandise, cette apparence selon laquelle les choses possèdent des qualités propres indépendamment des rapports d’exploitation qui les ont produites. Coccia prend ce que Marx appelait l’illusion centrale de l’idéologie capitaliste et en fait une ontologie positive, une métaphysique de l’immersion et du mélange, une « philosophie du réenchantement » à la profondeur critique d’une campagne Gucci. Adorno avait un mot pour ça aussi : affirmative Kultur : une culture qui célèbre la réification comme métaphysique, qui dit oui au monde tel qu’il est au nom de valeurs qui semblent le transcender et qui en réalité le légitiment. La différence avec l’idéologie ordinaire, c’est que la capitulation est sophistiquée et qu’elle est, probablement pour cette raison, profondément infecte.


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