Gary Marcus (New York), Valerio Capraro (Milan) et Walter Quattrociocchi (Rome) viennent de publier dans Nature la critique qui tue (rapportée ici). Verdict : les revendications récentes selon lesquelles l’intelligence artificielle générale (IAG) aurait été atteinte ou serait imminente relèvent de la démence. Leur argument central : l’industrie commet une « erreur conceptuelle fondamentale » en confondant des approximations statistiques de plus en plus sophistiquées avec l’intelligence elle-même.
Une erreur mais une erreur volontaire. L’IAG, rappellent-nos chercheurs, est définie depuis 2007 (Legg & Hutter, Goertzel) comme une compétence robuste et flexible à travers une large gamme d’environnements et de tâches — généralité, adaptabilité, transfert sous nouveauté, apprentissage ouvert ; mais, récemment, l’industrie a discrètement redéfini l’IAG comme « performance élevée sur des benchmarks spécifiques » ou « capacité à accomplir des tâches économiquement utiles ». Une petite manœuvre qui, en réduisant l’IAG à une réussite de benchmarks, permet de déclarer victoire tous les 15 jours mais qui fait passer complètement à côté de la généralité, de la robustesse et de l’autonomie réelle. Conséquence : si tout va bien, l’automatisation IA augmentera la productivité totale de maximum 0,66% sur 10 prochaines années. LOL.
Donc, pendant que les prophètes délirent (« phase centaure très brève » avant que « les machines travaillent seules »), pendant qu’Amodei (Anthropic, 183 milliards) prophétise « 50 millions de génies IA dépassant Nobel d’ici deux ans », voire « extermination possible de l’humanité », pendant que Musk proclame sans pouffer « nous sommes entrés dans la singularité », pendant que Suleyman (Microsoft) annonce l’« automatisation de la plupart des tâches de bureau sous 12-18 mois », des chercheurs indépendants documentent l’arnaque et remettent les pendules à l’heure. Ça n’empêchera sans doute pas la mystification, mais, au moins, cette publication clôt le débat.
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