Dans un podcast, Alexander Embiricos, responsable du développement de Codex chez OpenAI, vient d’accomplir un exploit : révéler en une phrase toute l’idéologie du capital algorithmique. Selon lui – accrochez-vous au pinceau : le « facteur limitant actuel sous-estimé » pour atteindre l’IAG serait « la vitesse de frappe humaine et la nécessité d’écrire constamment des instructions et de valider le travail de l’IA ». Donc l’IA n’a pas de problème de conscience, elle a un problème d’humains… trop lents pour la nourrir et la superviser. Le problème, ce n’est pas que l’IA, faute de corps, ne puisse comprendre un traître mot de ce qu’elle pond, le problème, c’est le corps des humains avec ses doigts qui tapent à leur rythme, ses pauses pour réfléchir, ses hésitations…
Parce que le fantasme d’Embiricos est plutôt clair, il porte sur ce « moment où les systèmes permettront aux agents d’IA de fonctionner par défaut sans surveillance humaine constante », définissant l’IAG comme « quelque part entre ces premiers gains de productivité et le moment où les grandes entreprises atteindront une automatisation complète ». Une déclaration qui vaut son pesant de cacahuètes puisque 1) elle révèle que Embiricos se décarcasse pour inverser le rapport de subordination (ce n’est plus la technologie qui sert l’humain mais l’humain qui doit accélérer pour servir la technologie), 2) elle confirme qu’il réduit l’intelligence à un problème de bande passante en évacuant totalement que notre « lenteur » corporelle est précisément ce qui permet réflexion, doute, créativité, et, le plus intéressant pour nous, enfin 3) elle révèle que l’« IAG »ne désigne, pour ces gens-là, rien d’autre que le capitalisme sans travailleurs, c’est-à-dire la prédation du capital poussée à son paroxysme, avec automatisation totale du travail intellectuel, élimination de la supervision humaine et maximisation des gains de productivité. Ils ne veulent donc pas nous augmenter, ils veulent juste entièrement nous remplacer (et ils le disent).
Leur idéal ? En finir avec l’humain « goulot d’étranglement » – ce bug qui ralentit la machine que sont ces corps qui se fatiguent, qui revendiquent, qui pensent… Ils veulent le capitalisme sans travailleurs.
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