
L’errance de Naomi Klein (Equator, 26 novembre 2025) à travers l’exposition du Centre Pompidou témoigne moins d’une découverte politique que d’un désespoir intellectuel : face à l’accumulation des « décombres sur décombres » qu’elle emprunte à Walter Benjamin, elle se raccroche au surréalisme comme à une bouée de sauvetage esthétique, oubliant que ce mouvement, malgré ses manifestes enflammés et ses provocations salutaires, n’a strictement rien empêché – ni le fascisme, ni la guerre qu’il espérait pouvoir conjurer. Pire encore, elle conclut son désarroi théorique par une célébration naïve de Zohran Mamdani, ce politicien new-yorkais dont la « victoire décisive » s’est déjà traduite par des genuflexions prévisibles devant le patronat, confirmant ce que tout militant marxiste sait d’avance : que, sans renversement des rapports sociaux, les compromis avec le capital ne se font jamais attendre, que l’enthousiasme des foules se dissipe dès que la loi du profit rappelle qu’elle seule dicte la marche des choses. Klein incarne cette figure récurrente de l’intellectuel de gauche intègre et sincère, capable d’analyses brillantes sur le capitalisme ou la doctrine du choc, mais qui – contrairement à Barbara Kingsolver, jadis – n’a jamais effleuré de ses mains blanches la réalité du mouvement ouvrier organisé, cette seule force sociale capable de renverser effectivement le système qu’elle dénonce avec tant d’éloquence. Peut-être que son détour par Breton la conduira, comme le manifeste qu’elle cite le suggère, jusqu’à Trotsky – et qu’elle comprendra enfin que ni les illusions surréalistes, ni les campagnes réformistes enthousiastes ne remplaceront l’auto-organisation de la classe ouvrière internationale dans la lutte contre le capital et son cortège de fascismes, vieux et nouveaux.
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