[notes pour une dérive contrôlée]

Septembre-novembre 2025 (5) | 3 mois de consolidation oligopolistique du capitalisme algorithmique

2025 : quand le capital s’apprête à tokeniser le monde – Chronique d’une réification généralisée

Imaginez qu’un appartement parisien, une forêt amazonienne, les royalties de votre chanson préférée puissent se négocier comme une action Apple – fractionnés en milliers de parts, échangeables 24h/24 sur votre smartphone. Imaginez maintenant que votre identité biométrique, votre graphe social, votre historique d’attention mesuré en continu deviennent des signaux exploitables pour déterminer votre accès au crédit. La première transformation ne relève plus de la science-fiction : c’est la tokenisation, conversion de n’importe quel actif matériel en unités numériques échangeables instantanément sur blockchain (1). La seconde n’est pas encore achevée, mais elle se prépare activement. Entre ces deux dynamiques se joue une transformation dont la fin 2025 marque apparemment le moment charnière : celui du capitalisme financier achevant sa mue en capitalisme computationnel.

Le grand capital prend les commandes

Les chiffres sont éloquents. En 2025, les actifs réels tokenisés – immeubles, crédits, obligations d’État – représentent déjà 35 à 40 milliards de dollars, hors stablecoins (2). Les stablecoins (USDC, USDT), ces dollars numériques (3), pèsent eux-mêmes plus de 200 milliards. Banques et gestionnaires créent de plus en plus de fonds entièrement « on-chain » pour transformer en liquidité permanente des actifs traditionnellement figés.

C’est BlackRock qui mène la charge. En mars 2024, ce géant qui gère 10 trillions de dollars lance BUIDL, premier fonds tokenisé majeur (500 millions $ d’actifs). Quand celui qui gère les retraites de millions d’Américains tokenise ses fonds, la technologie cesse d’être « expérimentale » pour devenir infrastructure standard (4). Et naturellement, d’autres ont suivi : Franklin Templeton, Hamilton Lane, KKR. Aujourd’hui, la Tokenized Asset Coalition – BlackRock, Coinbase (12), Goldman Sachs, Circle – projette entre 2 et 30 trillions $ d’actifs tokenisés d’ici 2030 (5).

Mais BlackRock va plus loin. En octobre 2025, il annonce une plateforme globale pour tokeniser les actifs matériels à grande échelle : immobilier commercial, infrastructures, équipements industriels, voire (pourquoi pas ?) œuvres d’art. L’ambition ? Devenir l’architecte de l’infrastructure mondiale de tokenisation, fournissant aux institutions, entreprises et gouvernements les outils pour transformer leurs actifs physiques en tokens. Ce n’est plus une startup crypto qui innove à la marge : c’est le cœur du capitalisme institutionnel qui reconstruit délibérément l’architecture financière globale. L’enjeu : définir les standards – protocoles, blockchains, mécanismes de gouvernance – pour détenir le pouvoir infrastructurel des décennies à venir.

Mais le côté obscur de la force, c’est aussi Blackstone. En octobre 2025, le 2e plus grand gestionnaire d’actifs alternatifs annonce explorer la tokenisation de ses fonds immobiliers et de capital-investissement (6), soit des centaines de milliards d’actifs impossibles à revendre avant échéance. Objectif affiché : transformer des engagements de 7-10 ans en positions négociables. Conséquence systémique : des actifs conçus pour l’investissement patient deviennent spéculativement échangeables 24/7. Ainsi, non seulement Blackstone et BlackRock gèrent ensemble plus de 11 trillions $ et contrôlent des centaines de milliards en actifs réels – logements, bureaux, centres commerciaux, infrastructures énergétiques –, mais la tokenisation leur permettra de fractionner cette propriété en millions de parts vendues à des épargnants dispersés qui n’auront aucun contrôle effectif sur l’usage de ces actifs… Ceux qui parlent de « démocratisation » sont des idiots : en fait de « démocratisation », on a plutôt affaire à l’émergence d’un féodalisme financiarisé où les gestionnaires s’élèvent au rang de seigneurs permanents d’un capital collectif fragmenté.

Important : cette ruée vers la tokenisation n’est pas qu’une innovation technologique, c’est une nécessité économique. Selon le rapport 2025 de PwC (7), les marchés privés – capital-investissement, immobilier, infrastructures – généreront 432 milliards $ de revenus d’ici 2030, représentant plus de la moitié des revenus totaux de l’industrie mondiale de la gestion d’actifs. Mais 89% des gestionnaires signalent une pression croissante sur leur rentabilité, avec des bénéfices en baisse de 19% depuis 2018. La tokenisation devient la solution : transformer des actifs figés en tokens négociables 24/7 permet de capter de nouveaux flux de revenus. Ainsi les actifs de fonds tokenisés devraient-ils exploser de 90 milliards à 715 milliards $ d’ici 2030 – une croissance annuelle de 41%.

Fin 2025 : le basculement

Au mois de novembre 2025, 6 annonces majeures confirment que cette transformation ne relève plus de l’expérimentation mais de l’institutionnalisation accélérée.

Le 7 novembre, le gouverneur de la Fed Stephen Miran affirme publiquement que les stablecoins atteindront 1 à 3 trillions de dollars d’ici 2030, nécessitant un ajustement de la politique monétaire américaine. Il compare leur émergence au « global saving glut » de Bernanke, établissant les stablecoins non comme phénomène crypto-marginal mais comme force macroéconomique. Le projet de loi GENIUS Act (8), qui attend toujours l’adoption par le Congrès, fournirait s’il était voté le premier cadre réglementaire fédéral. En attendant, une chose est sûre : la validation souveraine est acquise, ce qui marque l’entrée officielle des banques centrales et des États dans l’ère de la tokenisation….

Le même jour, les trois mégabanques japonaises (MUFG, Mizuho, SMBC) lancent des stablecoins yen/dollar pour 300 000 clients corporatifs avec l’aval de l’autorité financière. Déploiement complet prévu mars 2026. Il ne s’agit plus de blockchain « expérimentale » : c’est le remplacement effectif de l’infrastructure de paiement interbancaire par des circuits tokenisés. La gestion de trésorerie des entreprises migre vers la blockchain comme infrastructure de base (9).

Le 4 novembre, UBS (6,9 trillions $ d’actifs) complète sa première transaction réelle de fonds tokenisé en conditions opérationnelles – donc pas en pilote. Les instruments financiers traditionnels – fonds monétaires, obligations, produits structurés – migrent vers des représentations tokenisées permettant règlements instantanés 24/7. De fait, l‘infrastructure de marché se restructure autour de registres distribués plutôt que de chambres de compensation centralisées (10).

VanEck avait lancé VBILL en mai 2025 – bons du Trésor américains tokenisés, disponibles sur 4 blockchains –, mais, depuis novembre, les détenteurs peuvent les utiliser comme garantie sur Aave Horizon, une plateforme de prêt décentralisée. C’est passé inaperçu, mais cela signifie que les titres d’État américains deviennent ainsi des jetons qu’on peut mettre en gage pour emprunter de l’argent numérique sans passer par une banque. Autrement dit, un investisseur pourra emprunter des stablecoins contre ses bons du Trésor tokenisés sans les vendre, obtenant du crédit sans passer par une banque. Cette interconnexion automatique des protocoles (11) – capacité des smart contracts à s’emboîter comme des Lego financiers – permettra à un même actif de circuler entre plusieurs stratégies financières automatisées. Bref : la frontière entre finance traditionnelle et finance décentralisée s’efface.

Coinbase annonce le 10 novembre une plateforme de souscription anticipée permettant d’acheter des tokens avant leur mise sur le marché. Monad lève 187,5 millions $ à une valorisation de 2,5 milliards le 17 novembre – première ouverture aux particuliers américains depuis 2018. Tout le parcours d’un projet crypto s’effectue désormais sur blockchain : levée de fonds, mise en bourse des tokens, négociation quotidienne, sans jamais quitter l’infrastructure décentralisée. De fait, Coinbase se positionne comme plateforme intégrée où chaque étape devient événement blockchain enregistré, vérifié, exécuté automatiquement, annonçant un écosystème où les machines deviendront acteurs économiques autonomes (12)…

De son côté, Hong Kong poursuit son avance : 3e obligation digitale native émise en novembre 2025 (après 2023-2024), multi-devises, notée AA+ par S&P. Les entreprises hongkongaises ont levé 1 milliard de dollars via obligations tokenisées en 2024-2025. Ces dettes publiques s’émettent désormais directement sur blockchain : paiements d’intérêts automatisés, chaque transaction vérifiable instantanément par tous les détenteurs sur un registre immuable.

On le voit : la tokenisation sort définitivement de la sphère crypto pour devenir infrastructure institutionnelle. Mais elle ne se limite plus à la finance : des chaînes de magasins testent des paiements en stablecoins, des programmes de fidélité deviennent tokens échangeables… La tokenisation descend jusqu’au caddie de supermarché.

Au-delà de la finance : tokeniser la matière

Par exemple, la tokenisation s’attaque désormais à la matière physique de l’économie : la nourriture, les chaînes d’approvisionnement, la conformité réglementaire. Au salon Fi Europe 2025 à Paris début décembre, les géants de l’agroalimentaire présenteront des systèmes de traçabilité blockchain couplés à l’IA ; ADM, Cargill et ofi ont fondé en octobre 2025 Tract, une plateforme d’intelligence de chaîne d’approvisionnement (18,6 millions € levés) pour cartographier les réseaux agricoles et se conformer au Règlement européen sur la déforestation (13) ; l’entreprise belge Handary présentera Shelfex AI, qui prédit la détérioration microbienne via étiquettes intelligentes… Ce qui se joue dépasse la simple « tech food » : ces systèmes transforment chaque lot de cacao, chaque transport frigorifié, chaque risque de contamination en variables calculables, historisées, attachées à des identifiants uniques. De fait, Tract ne gère pas des palettes de soja mais des flux de preuves vérifiables sur leur origine, leur conformité, leur risque. C’est le point à retenir ici : le marché de la traçabilité alimentaire, projeté autour de 45 milliards en 2034, montre que la valeur se déplace vers l’infrastructure d’identification, de suivi et de preuve.

Sans cette granularité, impossible demain d’avoir des tokens de « cacao déforestation-free » ou d’assurance contamination indexée en temps réel. Ce qui circulera, ce ne seront plus des produits mais des ensembles de preuves certifiées : origine, sécurité, durabilité, conformité. Dans un second temps, ces preuves deviendront elles-mêmes marchandises financières : on pourra spéculer sur le risque de non-conformité d’une filière, parier sur l’évolution de son score environnemental, ou acheter des parts de portefeuilles regroupant des dizaines de « chaînes propres » certifiées – exactement comme les banques avaient titrisé les crédits immobiliers avant 2008, mais cette fois avec des chaînes d’approvisionnement agricoles. Le tout potentiellement porté par des tokens.

Cette extension révèle la profondeur de la réification en cours. La relation entre producteur, transformateur, distributeur, consommateur commence à se réduire à des indicateurs encapsulés dans des objets de données standardisés ; chaque geste – semis, traitement, transport, mise en rayon – deviendra un événement avec identifiant, horodatage, métriques. La production alimentaire deviendra de ce fait infrastructure d’un nouveau marché financier : ce qui se vendra, ce ne sera plus le cacao mais sa traçabilité certifiée, transformée en actif négociable. Naturellement, dans ce nouveau cadre, celui qui contrôlera ces registres contrôlera aussi les conditions d’accès au marché...

D’autres secteurs suivent la même trajectoire. L’immobilier permet d’automatiser les flux locatifs et de découper la propriété en parts infinitésimales – comme le projet hôtelier tokenisé de la Trump Organization aux Maldives (14). Les matières premières se tokenisent pour permettre négociation 24/7. L’art, la propriété intellectuelle (droits musicaux, brevets) se prêtent à la fractionnalisation de droits contractuels générant des revenus programmables. Les crédits carbone ont déjà fait l’objet d’expériences massives, ouvrant la voie à une financiarisation des actifs environnementaux. Dans chaque cas, la tokenisation produit une nouvelle couche d’abstraction où les rapports sociaux concrets se dissolvent en flux de données vérifiables, négociables, optimisables algorithmiquement – et le tout, accessoirement, ouvrant la voie à des flux financiers de plus en plus opaques…

Guerre des protocoles & privatisation monétaire

Dans ce contexte très évolutif, chaque puissance tente de dessiner ses propres règles. L’UE a adopté MiCA (15), la Suisse son DLT Act (16), les États-Unis maintiennent juridiction SEC/CFTC, la Chine pousse son e-CNY pour bloquer les stablecoins privés occidentaux, et Singapour et les Émirats jouent la flexibilité avec leurs sandboxes (17). Le résultat : une fragmentation réglementaire dont profitent les acteurs financiers pour contourner les contraintes. Un même fonds peut tokeniser à Paris, domicilier à Abu Dhabi, lister à Singapour, déposer ses actifs en Suisse…

Cette fragmentation exprime une rivalité géopolitique sur l’infrastructure computationnelle (18). L’UE tente de limiter la domination du dollar tokenisé. La Chine refuse que des acteurs privés contrôlent les rails de paiement. Les États-Unis légitiment les stablecoins privés tout en maintenant la primauté du dollar. Le contrôle des protocoles et l’émission de stablecoins de référence deviennent un enjeu de souveraineté économique. La fragmentation monétaire n’est pas un bug, c’est la nouvelle géopolitique…

Mais une « résistance » s’organise. Le projet mBridge, coordonné par le BIS Innovation Hub avec les banques centrales de Chine, Thaïlande, Émirats et Hong Kong, utilise la blockchain pour créer un système de paiement transfrontalier contournant SWIFT et le dollar (19). Les BRICS explorent des mécanismes similaires. La tokenisation devient une arme de guerre économique : elle permettra aux nations sous sanctions de reconstituer des circuits financiers parallèles.

Plus profond encore : la privatisation rampante de la fonction monétaire. Les stablecoins (Circle, Tether) représentent 200 milliards $ ; ces émetteurs privés détiennent un pouvoir historiquement réservé aux banques centrales : geler des portefeuilles, bloquer des transactions, émettre ou détruire des unités. Si les stablecoins atteignent 1-3 trillions, ils deviendront un système monétaire parallèle que la Fed devra intégrer sans nécessairement le contrôler. Quant au GENIUS Act, s’il était adopté, il légitimerait l’émission privée de substituts du dollar. Ce qui serait une délégation de souveraineté monétaire sans précédent depuis le XIXe siècle (20). Le résultat : une fragmentation monétaire mondiale où coexisteront monnaies souveraines, stablecoins privés, CBDCs et cryptomonnaies décentralisées – un patchwork reflétant les rapports de force géopolitiques…

L’horizon de l’identité tokenisée

Parallèlement à l’industrialisation de la tokenisation financière s’accélère la tokenisation identitaire. Le lien ne passe pas tant par l’analyse émotionnelle abstraite que par l’infrastructure d’identité numérique en cours de déploiement massif. World ID (Worldcoin) scanne l’iris de millions de personnes pour créer des « preuves d’identité humaine » (21). Les protocoles d’identité décentralisée se multiplient. L’objectif affiché : distinguer humains et agents IA dans un écosystème où les machines deviendront acteurs économiques majoritaires…

Mais la conséquence réelle est plus insidieuse. Pour accéder au crédit on-chain, il faudra bientôt prouver qu’on n’est pas une IA, ce qui obligera à lier son corps biologique – iris, visage, empreintes – à son wallet financier. Votre identité biométrique, croisée avec votre graphe social (Lens Protocol (22), Farcaster) et votre historique transactionnel, deviendra un score composite exploitable. Ainsi un profil jugé à risque – variations comportementales, relations sociales suspectes, patterns de transaction atypiques – pourra-t-il se voir refuser l’accès au crédit, à l’emploi, voire à certains services, même avec un bon salaire traditionnel (23).

Des exemples émergent déjà aux marges. Des protocoles DeFi (24) intègrent des « reputation scores » : un utilisateur ayant liquidé en panique verra ses conditions se dégrader automatiquement. Des plateformes de prêt crypto analysent l’activité sociale pour ajuster les taux. On voudrait progressivement, pour évaluer notre fiabilité économique, transformer nos existence numérique – pas seulement nos transactions, mais aussi nos relations, nos mouvements, nos preuves d’identité – en signal exploitable qu’ils ne s’y prendraient pas autrement…

Le point de jonction entre tokenisation financière et capture identitaire n’est plus hypothétique. L’infrastructure existe déjà. Cette convergence ouvrira des architectures où les relations sociales seront simultanément titrisées et notées en continu, où l’accès au crédit dépendra d’un score algorithmique composite agrégeant historique transactionnel, graphe social et vérification biométrique.

Fragilités systémiques & asymétrie du pouvoir

La finance décentralisée vante sa résilience. Mais cette robustesse masque des fragilités inédites. Un bug de smart contract peut faire disparaître des centaines de millions en minutes, sans retour possible. Wormhole : plus de trois cents millions de dollars volés en 2022. Poly Network : six cents millions en 2021. Quand le code devient loi, le code peut être buggé, hacké – et ses effets sont irréversibles (25).

Les Oracle Manipulation Attacks (26) – des attaques qui falsifient les prix affichés, comme fausser le cours de l’or en manipulant le thermomètre – peuvent déclencher des liquidations en cascade. Un stablecoin qui « de-peg » peut effondrer tout l’écosystème DeFi. Si USDC ou USDT (70% du marché) perdaient la confiance, c’est l’ensemble des protocoles qui s’effondrerait instantanément. L’interconnexion automatique crée des effets domino imprévisibles : un hack mineur contamine tous les protocoles interconnectés en cascade exponentielle (27).

Mais la vulnérabilité la plus structurelle n’est pas technique : c’est l’asymétrie de transparence. Les Zero-Knowledge Proofs (ZK-Proofs) (28) – preuves cryptographiques qui permettent de vérifier sans révéler – permettront dans un futur proche aux institutions de prouver leur solvabilité sans révéler leurs positions réelles. BlackRock pourrait démontrer qu’il détient 500 millions $ sans divulguer quels bons du Trésor, à quels prix, avec quels contreparties. Les « seigneurs » disposeront de l’opacité via les ZK-Proofs, tandis que les petits épargnants resteront totalement transparents. Chaque transaction d’un utilisateur ordinaire sera traçable, analysable, exploitable – mais les mouvements des géants resteront cachés. C’est une féodalisation de la vie privée : le droit à l’opacité deviendra un privilège de classe, techniquement codifié dans les protocoles.

Contrairement au système traditionnel où des autorités peuvent suspendre les marchés, activer des circuit-breakers (29), le capitalisme computationnel construit une infrastructure d’automatisation totale 24/7 sans mécanismes de sauvegarde. Les smart contracts tournent pendant les crises, les week-ends. Et ce ne seront bientôt plus seulement des humains qui les déclencheront : les agents IA deviendront les acteurs primaires de la liquidité, et les humains les fournisseurs de données et de validation (30). D’ailleurs, Coinbase (12) développe déjà des infrastructures wallet-to-wallet pour agents autonomes. Le capitalisme computationnel devient un système où les machines gèreront l’essentiel des transactions…

Au-delà des risques techniques, la tokenisation redessine les rapports de pouvoir. Ceux qui contrôlent les circuits d’échange – blockchains, oracles (10), protocoles – contrôlent la liquidité elle-même. Les développeurs qui contrôleront les protocoles clés détiendront le pouvoir de décision sur des milliers de milliards d’actifs. Marx n’avait pas prévu la concentration du capital sous cette forme, mais c’est bien de cela dont il s’agit : une concentration sous forme de code contrôlé par quelques géants. Ce n’est pas pour rien que les GAFAM (31) investissent massivement dans des blockchains privées, et que les États tentent de reprendre la main via CBDCs (32)…

Simultanément, ceux qui contrôleront les infrastructures d’identité – World ID, protocoles DIDs, systèmes biométriques – contrôleront l’accès au crédit, à l’emploi, à la visibilité. Le sujet tokenisé ne sera plus seulement un salarié vendant sa force de travail pour un temps déterminé, mais un individu dont l’existence biologique totale (transactions, identité biométrique, graphe social…) sera liée à son wallet. La réification intégrale, c’est cela : quand l’individu n’aura qu’une dimension, celle qui le rend totalement « quantifiable », traçable et exploitable à merci…

Féodalisation numérique

Cette métaphore n’est pas rhétorique. Dans l’ordre féodal, l’accès à la terre dépendait de la fidélité au seigneur ; le vassal était lié par des obligations engageant son existence entière. Dans le capitalisme computationnel, l’accès au crédit, à l’emploi, à la visibilité dépendra du score algorithmique attribué par les plateformes qui contrôleront simultanément registres financiers (blockchain) et registres identitaires (DIDs, biométrie). L’allégeance ne se mesurera plus en serments mais en données livrées, en conformité biométrique, en comportements validés par les oracles de réputation (10).

Cette re-féodalisation transformera les droits universels en privilèges conditionnels octroyés par ceux qui possèdent les clés des protocoles. Là où le travailleur fordiste vendait sa force de travail mais conservait une vie privée, le sujet tokenisé engagera son existence biologique totale comme substrat extractible permanent (33). Iris scanné, transactions, graphe social : tout révélera, trahira, deviendra matière première. Les plateformes deviendront l’infrastructure même de l’existence économique et sociale, exigeant allégeance algorithmique et vérification biométrique permanente…

Pour le citoyen ordinaire, ces mutations abstraites auront des conséquences très concrètes. L’épargnant pourrait se voir proposer des comptes d’épargne tokenisés où son épargne sera automatiquement mise en gage pour garantir des prêts sur des protocoles DeFi – avec des risques de liquidation qu’il ne comprendra pas. Le consommateur contractant un crédit immobilier verra sa demande traitée par un algorithme analysant son « score on-chain » : historique blockchain, tokens détenus, graphe social, vérifications biométriques.

L’accès au crédit se fragmentera : ceux qui possèderont déjà des actifs tokenisés et des identités vérifiées emprunteront instantanément à taux bas, tandis que ceux dépourvus de tokens ou refusant la vérification biométrique navigueront dans un système à deux vitesses (34). Plus fondamentalement, chaque transaction quotidienne laissera une trace indélébile : café payé en stablecoin, loyer tracé sur blockchain, salaire enregistré sur registre distribué, etc. Le capitalisme computationnel descendra jusqu’au moindre euro dépensé, transformant chaque individu en wallet traçable dont l’historique complet deviendra exploitable par les algorithmes de crédit, d’assurance, de surveillance…

Impasse réformiste & nécessité révolutionnaire

La tokenisation est déjà là, opérationnelle. Dans ses grandes lignes techniques, elle est en cours de normalisation et résistera aux retours en arrière sans coût politique élevé. Novembre 2025 marque peut-être le moment où cette transformation cesse d’être prospective pour devenir réalité.

Face à cette mutation, les stratégies réformistes buttent sur une limite structurelle. La tokenisation généralisée n’est pas une option technologique qu’on pourrait adopter ou refuser. Elle exprime le fonctionnement optimisé du capitalisme computationnel : l’aboutissement d’une logique de rationalisation traversant toute l’histoire capitaliste – transformer le monde en substrat calculable, éliminer opacité et friction pour une liquidité totale. En somme, le capitalisme accomplit sa promesse : tout calculer. Et il y parvient en changeant de nature, en se donnant une infrastructure qui accomplit ce que les marchés du XXe siècle ne pouvaient que viser : réduction de toute valeur à une donnée extractible, de tout actif à du code exécutable, de toute propriété à un état de registre, de toute identité à une empreinte biométrique.

Or, on ne réforme pas l’infrastructure qui exprime la logique même du système. L’action politique ne consistera donc pas à « participer au débat » sur la gouvernance des protocoles, elle devra consister à comprendre que la tokenisation généralisée, comme expression du capitalisme computationnel, ne peut être combattue que par une remise en cause radicale du système qui la produit. Le capitalisme computationnel n’a rien changé à cette nécessité fondamentale : l’action ultime reste la révolution sociale – l’abolition des rapports de production capitalistes eux-mêmes, qu’ils s’expriment via cadences infernales, marchés boursiers ou registres distribués.


(1) Blockchain : Registre distribué cryptographiquement sécurisé qui enregistre les transactions de manière immuable sur un réseau décentralisé de nœuds informatiques. Chaque « bloc » contient un ensemble de transactions validées et est lié cryptographiquement au précédent.

(2) RWA (Real World Assets) : Actifs du monde réel tokenisés – immobilier, obligations, crédits, matières premières – par opposition aux cryptomonnaies natives comme Bitcoin ou Ethereum qui n’existent que sur blockchain.

(3) Stablecoins : Cryptomonnaies conçues pour maintenir une valeur stable, généralement indexée 1:1 sur le dollar. USDC (Circle) et USDT (Tether) dominent avec 70% du marché. Ils sont théoriquement adossés à des réserves en dollars, bien que les mécanismes de contrôle restent opaques.

(4) BlackRock BUIDL : Lancé mars 2024, premier fonds institutionnel majeur entièrement on-chain. Investit dans des bons du Trésor américain et accords de rachat. Son succès légitime la tokenisation auprès de l’industrie financière traditionnelle.

(5) Fourchette 2-30 trillions : Cette amplitude reflète l’incertitude sur le rythme d’adoption mais un consensus sur la direction. À titre de comparaison, le PIB mondial s’élève à ~100 trillions $, le marché actions mondial à ~100 trillions, et le marché obligataire mondial à ~130 trillions.

(6) Capital-investissement : Terme français officiel pour private equity. Désigne l’investissement dans des entreprises non cotées, incluant capital-risque, capital-développement et capital-transmission (buyout/LBO).

(7) PwC Global Asset Management Report 2025 : Les actifs de fonds tokenisés passeront de 90 Mds$ (2024) à 715 Mds$ (2030), croissance annuelle de 41%. Les marchés privés généreront 432 Mds$ de revenus d’ici 2030 (>50% des revenus totaux de la gestion d’actifs). 89% des gestionnaires signalent une pression sur la rentabilité, avec des bénéfices en baisse de 19% depuis 2018. La tokenisation apparaît comme réponse stratégique : transformer l’illiquide en liquide permet de créer de nouvelles sources de revenus (frais de transaction 24/7, marchés secondaires, produits dérivés).

(8) GENIUS Act : Le projet de loi Guiding and Establishing National Innovation for U.S. Stablecoins Act a passé le Comité des Services Financiers en juillet 2024 mais n’a pas encore été adopté par le Congrès. S’il était voté, il établirait le premier cadre réglementaire fédéral pour l’émission de stablecoins, exigeant réserves à 100% en actifs liquides et audits réguliers.

(9) Progmat : Plateforme blockchain permissionée développée par les banques japonaises. Contrairement aux blockchains publiques (Ethereum, Bitcoin) accessibles à tous, les blockchains permissionées limitent l’accès aux seuls participants autorisés.

(10) Chainlink DTA et oracles : Chainlink Data Transport Architecture fournit des données de prix aux smart contracts. Un oracle est un système externe qui transmet des informations du monde réel à la blockchain. Point de centralisation nécessaire mais vulnérable : si l’oracle est corrompu, le smart contract exécutera des transactions basées sur des données erronées.

(11) Interconnexion automatique des protocoles (composabilité algorithmique) : Capacité des protocoles blockchain à s’interconnecter automatiquement comme des « Lego financiers ». Un même actif (ex: VBILL) peut simultanément servir de collatéral dans Aave, être échangé sur Uniswap et générer du rendement dans Compound – créant des stratégies financières complexes exécutées automatiquement sans intervention humaine.

(12) Coinbase et agents IA : Coinbase développe des infrastructures de wallets destinées aux agents IA autonomes. L’objectif est de permettre à des algorithmes d’effectuer des transactions, de gérer des portefeuilles et d’interagir avec des protocoles DeFi sans intervention humaine, transformant le capitalisme computationnel en un système où les machines deviennent les acteurs primaires de la liquidité.

(13) Tract et traçabilité agroalimentaire : Fondée par ADM, Cargill et ofi en octobre 2025 (18,6M€ levés), Tract développe une plateforme d’intelligence de chaîne d’approvisionnement pour cartographier les réseaux agricoles et se conformer au Règlement européen sur la déforestation. Handary développe Shelfex AI, système de prédiction de détérioration via étiquettes intelligentes. Le marché global de la traçabilité alimentaire est projeté à 45 Mds$ d’ici 2034. Ces systèmes transforment chaque événement logistique en données structurées potentiellement tokenisables, créant l’infrastructure nécessaire à la financiarisation ultérieure des chaînes d’approvisionnement.

(14) Trump Maldives et opacité : Le projet hôtelier tokenisé de la Trump Organization aux Maldives illustre le paradoxe de la blockchain. Sur le plan technique, toutes les transactions sont publiques. Mais pratiquement, identifier qui possède quelle adresse blockchain reste extrêmement difficile sans coopération volontaire. La tokenisation peut donc créer davantage d’opacité que la finance traditionnelle soumise aux règles KYC/AML (Know Your Customer/Anti-Money Laundering).

(15) MiCA : Le règlement européen Markets in Crypto-Assets (2024) distingue tokens de paiement (stablecoins), tokens d’utilité et tokens financiers. Il impose des exigences strictes aux émetteurs concernant réserves, capital minimum et gouvernance. L’Europe est en avance sur la conformité réglementaire mais risque de prendre du retard sur l’innovation spéculative.

(16) DLT Act suisse : Loi de 2021 créant un nouveau type de titre appelé « registre-valeur » où la propriété est établie directement par inscription sur un registre distribué, sans certificat papier. Un token devient juridiquement équivalent à un titre traditionnel.

(17) Sandboxes réglementaires : Cadres d’expérimentation temporaire permettant aux startups de tester des innovations financières sous supervision allégée avant déploiement commercial complet. Singapour (MAS) et les Émirats (ADGM, DIFC) utilisent activement cette approche pour attirer l’industrie crypto…

(18) IOSCO novembre 2025 : L’Organisation Internationale des Commissions de Valeurs a publié en novembre 2025 un rapport final sur la tokenisation visant à harmoniser l’approche réglementaire entre juridictions. Document purement consultatif, sans pouvoir contraignant.

(19) mBridge et résistance géopolitique : Projet coordonné par le BIS Innovation Hub, technologie blockchain développée conjointement par les banques centrales de Chine (PBoC), Thaïlande (BOT), Émirats (CBUAE) et Hong Kong (HKMA). Ce système de paiement transfrontalier contourne SWIFT et le dollar américain. Les nations BRICS explorent des mécanismes similaires pour échapper aux sanctions. La tokenisation devient une arme de guerre économique permettant aux pays sous sanctions de reconstituer des circuits financiers parallèles.

(20) Free banking au XIXe siècle : Entre 1837 et 1863 aux États-Unis, les banques privées émettaient leurs propres billets. Chaque banque imprimait sa propre monnaie, créant fragmentation et instabilité. Le National Banking Act de 1863 a centralisé l’émission monétaire. Les stablecoins privés recréent une situation analogue : émission monétaire par acteurs privés échappant partiellement au contrôle de la banque centrale.

(21) World ID et preuve d’identité humaine : World ID (projet Worldcoin) scanne l’iris de millions de personnes pour créer des identifiants biométriques uniques permettant de prouver qu’on est un humain et non une IA. D’ici 2030, pour accéder au crédit on-chain, il faudra probablement lier son corps biologique à son wallet financier. Cette « preuve d’identité humaine » (Proof of Personhood) liera définitivement l’identité biologique à l’identité financière, rendant impossible toute séparation entre vie privée et existence économique.

(22) Lens Protocol et graphe social : Protocole d’identité sociale décentralisée où vos relations, publications et interactions forment un « graphe social » portable entre applications. Combiné à World ID pour la biométrie et aux wallets pour l’historique financier, ce graphe social deviendra un composant du score de crédit algorithmique. Vos amis, vos publications, vos interactions sociales seront analysées pour déterminer votre fiabilité économique.

(23) Scoring composite identité/finance : Exemple concret : une startup teste depuis 2024 un algorithme croisant scan biométrique (World ID), graphe social (Lens Protocol) et historique on-chain. Si votre graphe social montre des connexions avec des portefeuilles ayant fait défaut, ou si votre pattern de transactions révèle des comportements atypiques, votre taux d’intérêt sera automatiquement majoré de 3 à 7 points, indépendamment de votre revenu traditionnel.

(24) DeFi : Decentralized Finance, écosystème de protocoles financiers fonctionnant sur blockchain sans banques traditionnelles. Protocoles comme Aave (prêts), Uniswap (échanges) ou Compound (rendement) sont des smart contracts où les utilisateurs interagissent directement via leurs portefeuilles crypto.

(25) Vulnérabilités des smart contracts : Wormhole (février 2022) : faille dans la vérification des signatures, 120 000 ETH créés frauduleusement (~320M$). Poly Network (août 2021) : bug logique dans les contrats cross-chain, 600M$ volés puis restitués (cas unique). DAO Hack (2016) : 50M$ volés, nécessitant un hard fork controversé d’Ethereum. Contrairement aux systèmes bancaires où les transactions peuvent être annulées par décision humaine, la blockchain rend cela techniquement impossible sans consensus majoritaire du réseau.

(26) Oracle Manipulation Attacks : Attaques qui falsifient les prix affichés, comme fausser le cours de l’or en manipulant le thermomètre. Mango Markets (octobre 2022) : 110M$ perdus quand un attaquant a créé un volume artificiel sur un marché illiquide, faisant croire à l’oracle Pyth que le token MNGO valait dix fois sa valeur réelle. Les attaques par flash loan permettent de manipuler les prix sur des DEX à faible liquidité pendant une seule transaction, déclenchant liquidations massives.

(27) Cascades de liquidations : Mai 2021, crash crypto : Bitcoin passe de 58 000 à 30 000$ en 48h. Les protocoles DeFi liquidaient automatiquement les positions sous-collatéralisées. La congestion Ethereum (frais >100$ par transaction) a empêché les utilisateurs d’ajouter du collatéral à temps. Ces liquidations ont fait chuter les prix davantage, déclenchant encore plus de liquidations. 10 Mds$ liquidés en 24h, sans intervention humaine possible : les smart contracts exécutaient automatiquement.

(28) Zero-Knowledge Proofs et asymétrie de transparence : Protocoles cryptographiques permettant de prouver qu’une affirmation est vraie sans révéler aucune information. Dans un futur proche, une banque pourrait prouver qu’elle détient >500M$ d’actifs sans révéler quels actifs, à quels prix, avec quelles contreparties. Les institutions financières développent activement ces technologies pour rester conformes (prouver solvabilité) tout en gardant leurs stratégies secrètes. Cela créera une asymétrie de classe profonde : BlackRock, UBS et les géants bénéficieront de l’opacité via ZK-Proofs, tandis que les utilisateurs retail resteront totalement transparents. C’est une féodalisation technique de la vie privée : le droit à l’opacité deviendra un privilège réservé aux seigneurs numériques.

(29) Circuit-breakers : Mécanismes traditionnels de suspension des marchés. Le NYSE suspend le trading si le S&P 500 chute de >7% (Level 1), >13% (Level 2), ou >20% (Level 3, fermeture journée). Ces pauses permettent aux acteurs de réévaluer, aux régulateurs d’enquêter, aux médias d’informer. Les blockchains n’auront pas ces pauses : trading 24/7/365 sans possibilité d’interruption, sauf hard fork du réseau (extrêmement rare et controversé).

(30) Agents IA comme acteurs économiques : D’ici 2030, une part significative des transactions sur blockchain ne sera plus effectuée par des humains mais par des agents IA autonomes. Coinbase (12) et d’autres développent des infrastructures wallet-to-wallet pour les IA. Ces agents pourront gérer des portefeuilles, effectuer des arbitrages, exécuter des stratégies DeFi, participer aux DAOs et créer leurs propres protocoles – sans intervention humaine après initialisation. Le capitalisme computationnel deviendra un système où les machines gèrent les acteurs primaires de la liquidité, où les humains fournissent principalement les données d’entraînement, la validation biométrique et la capacité juridique initiale.

(31) GAFAM et blockchains privées : Amazon Web Services propose Amazon Managed Blockchain. Microsoft Azure offre Azure Blockchain Service (arrêté 2021, relancé 2024 avec focus tokenisation). Meta a développé Diem/Libra 2019-2022 (abandonné face à résistance réglementaire) mais continue sa R&D. Google Cloud s’est associé à Coinbase (12) et offre des services de nœuds blockchain. Ces géants ne cherchent pas la décentralisation mais le contrôle de l’infrastructure sous-jacente.

(32) CBDCs : L’e-CNY chinois (lancé 2020) a atteint 260M de wallets fin 2024, mais reste peu utilisé dans la vie quotidienne avec ~250 Mds$ de volume cumulé depuis 2020 (< 0,2% des paiements en Chine). Il est programmable par l’État, qui pourra limiter où et quand la monnaie pourra être dépensée, ou appliquer une date d’expiration pour stimuler la consommation. Autres projets : digital euro en consultation, FedNow américain (paiement instantané mais pas CBDC), Sand Dollar des Bahamas (2020, premier CBDC national). L’enjeu : maintien de la souveraineté monétaire face aux stablecoins privés.

(33) Féodalisme algorithmique : Le serf médiéval devait des corvées, la dîme et la mainmorte – obligations engageant sa personne entière. L’obtention d’une tenure dépendait de sa fidélité au seigneur. Le sujet algorithmique futur verra son accès au crédit, à l’emploi et aux services dépendre d’un score composite (crédit, identité biométrique, graphe social) contrôlé par des plateformes privées. Différence avec le salariat fordiste : l’ouvrier de Ford vendait 8h/jour mais gardait sa vie privée. Le sujet algorithmique subira une surveillance 24/7 où chaque action – transaction, scan biométrique, interaction sociale – alimentera son score. Son existence biologique totale deviendra un substrat extractible.

(34) Système à deux vitesses : Projection 2030. Personne A : 5 000$ VBILL tokenisés + identité World ID vérifiée. Veut emprunter pour voiture. Connecte portefeuille à protocole DeFi, scanne iris, reçoit instantanément 4 000 USDC à 3% APR. Personne B : même salaire mais aucun token et refuse vérification biométrique. Demande prêt à banque traditionnelle. Délai 2 semaines, documentation extensive. Refus car pas de « preuve d’identité humaine » vérifiée, ou acceptation à 9% APR avec conditions restrictives. Résultat : fracture profonde entre populations « tokenisées-vérifiées » et « non-tokenisées ».

(35) DAOs et concentration : DAO (Organisation Autonome Décentralisée), censément gouvernée par tokens de vote distribués. Problème : distribution inégale. Uniswap DAO : 4 adresses détiennent >50% des tokens de gouvernance, leur permettant de bloquer ou d’imposer des propositions. Compound : les 10 principaux détenteurs contrôlent 60% du pouvoir de vote. « Whale wars » : gros détenteurs s’affrontent pour contrôler des protocoles valant des milliards. La promesse de décentralisation sera contredite par une concentration oligopolistique.


Lucas D. | texte élaboré avec l’appui de Plateform Parallel pour les données et de Claude pour la révision. Ces technologies m’accompagnent dans l’exploration, la synthèse & la formulation des idées, tout en restant sous ma responsabilité éditoriale & critique |


En savoir plus sur pointsdancrage.fr

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

En savoir plus sur pointsdancrage.fr

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture