.[notes & articles pour une dérive contrôlée].

[note] Microsoft, ou la démystification de l’IAG… comme stratégie de marque

Le PDG de Microsoft AI, Mustafa Suleyman, a défendu début novembre 2025 une approche radicalement différente de celle de ses principaux concurrents (Meta et xAI) : s’appuyant sur le naturalisme biologique de John Searle, il a affirmé que la conscience était exclusivement biologique et que l’IA ne pouvait que simuler des réponses émotionnelles. Microsoft développe donc délibérément des assistants qui s’identifient clairement comme non-humains (mode “discussion franche” de Copilot), là où d’autres créent des “compagnons” aux interactions de plus en plus anthropomorphiques. Position qui s’aligne sur les régulations émergentes (Californie : obligation de divulgation, pauses imposées aux mineurs). Suleyman a insisté : créer des “IA qui travaillent toujours au service des humains”…

Un positionnement stratégique qui révèle plusieurs choses sur l’état actuel de la mystification autour de l’IA. À noter d’abord que Microsoft adopte une posture de démystification partielle là où ses concurrents poussent à fond la mystification anthropomorphique. Invoquer Searle et le naturalisme biologique pour justifier l’abandon de la “conscience artificielle”, c’est philosophiquement plus honnête que le délire AGI ambiant. Mais ne nous faisons pas d’illusions : c’est aussi une stratégie de différenciation de marché. Pendant que Meta et xAI vendent du “compagnon” quasi-humain (avec tous les risques d’attachement pathologique que cela implique), Microsoft se positionne sur le “assistant clairement non-humain mais hyper-efficace”.

Qui plus est, abandonner la prétention à la conscience ne signifie pas abandonner la mystification. Elle se déplace simplement de la “conscience” vers l’“intelligence” ou l’“autonomie”, de l’anthropomorphisme émotionnel vers le fantasme de la superintelligence instrumentale. Le danger n’est plus qu’on aime l’IA, et c’est tant mieux, mais demeure le danger qu’on lui délègue massivement nos capacités cognitives en croyant qu’elle “sait mieux”. Ce qui n’est peut-être pas le moins aliénant…

Quand Suleyman parle d’“IA qui travaillent toujours au service des humains”, la question politique et sociale reste entière : au service de quels humains ? Dans quels rapports de production ? En l’occurrence, une IA “au service” de Microsoft et de ses actionnaires reste un instrument d’accumulation capitaliste, même si elle ne prétend pas être consciente…

Au fond, la position de Microsoft est sans doute moins mystifiante que le délire de conscience/AGI, mais elle reste inscrite dans la même logique…


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