Plus de 800 personnalités, incluant Steve Wozniak, Richard Branson, le Prince Harry, Meghan Markle et Steve Bannon, viennent de signer une pétition du Future of Life Institute demandant un moratoire sur le développement de la superintelligence artificielle (IAG). La déclaration exige l’interdiction de créer des systèmes d’IA surpassant les capacités cognitives humaines jusqu’à l’obtention d’un consensus scientifique sur leur sécurité et d’un soutien public fort. Les « parrains de l’IA » Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio, ainsi que Stuart Russell, ont également signé, avertissant de risques allant de l’obsolescence économique à l’extinction humaine. La pétition vise spécifiquement Meta (qui a rebaptisé sa division « Meta Superintelligence Labs »), OpenAI et Google. Le Prince Harry affirme que « l’IA devrait servir l’humanité, et non la remplacer« , tandis que Russell demande des « mesures de sécurité adéquates » face à une technologie qui, selon ses propres développeurs, présente un risque existentiel significatif…
Toujours le même spectacle ridicule, mais cette fois, ce sont Steve Wozniak, Richard Branson, le Prince Harry, Meghan Markle et… Steve Bannon qui se trouvent unis dans une même croisade contre la super IA ! On imagine la réunion Zoom préparatrice : un cofondateur d’Apple, un milliardaire de l’espace, des royaux en exil et un idéologue d’extrême-droite, tous d’accord pour sauver l’humanité d’une menace qui n’existe pas… en demandant l’ »interdiction » de créer des systèmes qui « surpassent les capacités cognitives humaines« . Donc tous d’accord pour interdire quelque chose qui n’existe pas et que personne ne sait comment créer ! Pourquoi pas non plus un moratoire sur les voyages dans le temps ou l’élevage de licornes ?
Et pendant qu’on débat sans rire de « l’extinction de l’humanité » par des IA hypothétiques, on ne parle pas des travailleurs du clic exploités qui entraînent ces systèmes, ni de la concentration monopolistique du pouvoir technologique, ni de la consommation énergétique délirante des data centers, ni de l’automatisation qui détruit les emplois en masse… Non : concentrons-nous sur la menace existentielle future plutôt que sur l’exploitation aujourd’hui, voilà ce qui compte !
Au fond, c’est probablement à ça que sert ce genre d’imposture : parler d’IAG pour éviter de parler du capitalisme. Cela permet de transformer une question politique (qui contrôle ces technologies ?) en question technique (comment les rendre « sûres » ?), et, ainsi, au lieu de débattre de la propriété des moyens de computation, de débattre de « l’alignement » et de s’inquièter de scénarios de science-fiction…
Bref : une pétition comme symptôme parfait de notre époque : des élites qui miment l’inquiétude face à des dangers imaginaires tout en ignorant les catastrophes réelles qu’elles contribuent à créer. Car, pendant qu’ils signent leurs pétitions sur l’IAG, les vrais enjeux – exploitation, surveillance, concentration monopolistique – continuent tranquillement leur course…
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