
Poïétique désigne, depuis René Passeron, l’étude du processus de création par opposition à la poétique (théorie des formes) et à l’esthétique (jugement, réception). L’autopoïétique désigne le discours qu’un artiste tient sur son propre processus de création : entretien, déclaration d’intention, confidence de méthode. Un discours qui porte sur soi, qui est à la fois mise en scène de l’auteur par lui-même et construction d’une figure (l’inspiré, la voyante, le radical) qui vaudrait halo et argument. ♦︎ Le piège pour le critique : prendre ce discours pour la clé de l’œuvre et juger la seconde à l’aune du premier, en y adhérant (l’auteur se dit inspiré, donc c’est réussi) ou en le rejetant (il se dit mystique, donc c’est une mystification). 2 formes d’une même erreur : confondre ce que l’auteur dit faire avec ce que la forme fait. ♦︎ L’autopoïétique est un discours parmi d’autres, à passer au même filtre que la recension : comme symptôme instruisant sur l’idéologie de l’auteur — sa sacralisation, son rapport à l’inspiration, à la totalité, à la rédemption –, et donc à surveiller, sans rien préjuger de ce que la forme accomplit. Lire l’œuvre contre son autopoïétique – chercher ce que la forme accomplit malgré ce que l’auteur en dit – est le geste même d’une critique esthétique matérialiste.
Lien avec Malgré lui (P3) : l’écart entre ce que l’auteur proclame et ce que la forme accomplit est l’un des termes du malgré lui : l’autopoïétique fournit « ce que l’auteur a voulu » contre quoi se lit ce que la forme fait – sans lui ou contre lui.
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