Si on lit les dépêches d’agences, on pourrait avoir l’impression que l’Europe aurait décidé d’agir avec fermeté. Bien sûr les dirigeants danois et groenlandais ont rejeté les revendications américaines avant des pourparlers à Washington – qui se sont soldés (mercredi 14 janvier 2026) par une impasse, le ministre danois des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen évoquant sans rire un « désaccord fondamental » avec l’administration Trump –, mais : le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius a averti que toute tentative américaine d’annexer le Groenland serait « sans précédent » dans l’histoire de l’OTAN et risquerait de mettre en péril l’existence de l’alliance / les dirigeants du Parlement européen ont condamné les propos de l’administration Trump comme « une remise en cause flagrante du droit international » / même Emmanuel Macron a déclaré qu’une violation de la souveraineté déclencherait des « conséquences en cascade »…
Plus consistant que ces soubresauts rhétoriques, l’Allemagne, la Suède et la Norvège ont annoncé le déploiement de troupes au Groenland en solidarité avec le Danemark / 7 dirigeants européens ont publié une déclaration commune défendant la souveraineté du territoire / le Danemark a annoncé un renforcement de 13,8 milliards de dollars pour sa défense, et l’Allemagne propose une mission conjointe de l’OTAN baptisée « Arctic Sentry » pour surveiller et protéger les intérêts sécuritaires dans la région arctique. Le Premier ministre britannique Keir Starmer semble même envisager un déploiement militaire au Groenland aux côtés de la France et de l’Allemagne, les planificateurs militaires de l’OTAN développant des propositions impliquant troupes, navires de guerre et avions (1)…
Mais ne soyons pas dupes, car comment une alliance militaire pourrait-elle « protéger » un membre contre son propre maître ? Si Trump passe à l’acte comme il l’a fait au Venezuela, les troupes allemandes, suédoises et norvégiennes stationnées au Groenland n’oseront évidemment pas affronter l’armée américaine et, au final, on n’assistera qu’à une capitulation qui achèvera de démontrer que toutes les déclarations solennelles sur la souveraineté et le droit international n’ont jamais été, au fond, que des gesticulations sans substance destinées à occulter que les seules lois qui s’appliquent dans ce monde sont celles de l’impérialisme – et que le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne restent des nations impérialistes de seconde zone. Aussi les conséquences promises par Macron resteront-elles aussi inoffensives que les « lignes rouges » successives de l’UE sur d’autres dossiers (Netayahou en rigole encore, comprenant « ligne rouge » par « totale impunité »)…
Bref, avant l’annexion et l’effondrement final, l’heure des derniers bluffs…
(1) Macron a convoqué un conseil de défense « exceptionnel » à Paris jeudi et a annoncé le déploiement par la France de spécialistes de montagne au Groenland pour l’opération « Arctic Endurance » du Danemark (rejoignant l’Allemagne, la Suède, la Norvège, les Pays-Bas et le Canada). Face à la Delta Force américaine qui vient d’enlever un président étranger en une nuit, Macron envoie des spécialistes de montagne… « Arctic Endurance » : comprendre donc l’endurance comme celle qu’il faut pour gesticuler en vain et supporter l’humiliation de la vassalisation.
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