C’est simple : le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a déclaré que l’alliance travaille sur les « prochaines étapes » pour renforcer la sécurité dans l’Arctique. Le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France mènent les discussions sur l’établissement d’une présence militaire au Groenland, le ministre de la Défense belge proposant une opération « Arctic Sentry » sur le modèle des missions existantes de l’OTAN. Simultanément, le Commandant suprême des forces alliées en Europe avertit opportunément que la Russie et la Chine effectuent de plus en plus de patrouilles conjointes dans les eaux arctiques, qualifiant cela de « menace croissante pour l’alliance » (1). Première étape : militariser la zone au nom de la défense collective contre l’ennemi extérieur. (2) 2e étape : quand Trump annexera le Groenland – il affirme que les États-Unis l’acquerront « d’une manière ou d’une autre » –, il invoquera précisément cette même menace russe et chinoise pour justifier que seuls les États-Unis ont la capacité militaire de « protéger » effectivement le territoire arctique. 3e étape : le dispositif militaire OTAN déjà en place (« Arctic Sentry ») facilitera la transition vers le contrôle 🇺🇸, présenté comme simple « renforcement » de la présence OTAN sous commandement US. Peu importe que les gouvernements européens affirment officiellement vouloir protéger la souveraineté danoise : objectivement, en militarisant l’Arctique sous prétexte de menace russo-chinoise, ils construisent l’infrastructure matérielle (bases, navires, exercices) et le cadre rhétorique (« menace arctique ») qui légitimeront l’annexion américaine (3). Et quand l’annexion surviendra (4), elle apparaîtra comme simple prolongement logique de la militarisation déjà engagée… contre la Russie et la Chine. La Première ministre danoise Mette Frederiksen a beau avertir qu’une action militaire américaine « mettrait effectivement fin à l’OTAN », elle ne semble pas bien voir que c’est, malgré ce risque, précisément l’OTAN qui prépare cette annexion (5).
(1) La porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe, Maria Zakharova, a qualifié d’hypocrites les allégations occidentales selon lesquelles Moscou et Pékin représenteraient une menace pour le Groenland, exigeant des preuves pour des affirmations qu’elle a qualifiées d’infondées. Zakharova a soutenu que l’Occident a fabriqué l’idée « d’agresseurs » russes et chinois comme « prétexte fictif » pour justifier les plans de déploiement militaire de l’OTAN sur ce territoire, déclarant : « Ni la Russie ni la Chine n’ont fait de telles déclarations. » De son côté, le ministère des Affaires étrangères chinois a accusé les États-Unis d’utiliser d’autres nations comme « prétexte pour servir des intérêts égoïstes », la porte-parole Mao Ning affirmant que les activités de Pékin dans l’Arctique sont conformes au droit international…
(2) La secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères Yvette Cooper, qui se rend en Finlande et en Norvège pour inciter l’OTAN à renforcer ses opérations arctiques, qualifie la Russie de « plus grande menace » pour la sécurité arctique, citant les risques pour les infrastructures sous-marines et la « flotte fantôme » de Moscou. Pendant que Cooper pousse à la militarisation arctique contre la Russie, les ministres danois négocient simultanément avec Vance et Rubio sur les exigences américaines concernant le Groenland…
(3) Trump aurait aussi l’intention d’utiliser le Groenland pour un système de défense antimissile « Dôme doré », la position arctique de l’île étant idéale pour intercepter les missiles balistiques intercontinentaux russes et établir une supériorité nucléaire sur la Russie et la Chine. Si tel est l’objectif, l’annexion du Groenland ne viserait pas seulement les terres rares et les routes arctiques, mais la rupture de l’équilibre de la dissuasion nucléaire mutuelle — ce qui expliquerait pourquoi Trump qualifie le contrôle du Groenland d’absolument nécessaire à la « sécurité nationale » américaine.
[contexte] Le traité New START — dernier accord sur les armes nucléaires entre les États-Unis et la Russie, limitant les ogives stratégiques déployées à 1 550 et les systèmes de lancement à 700 — expire le 5 février 2026. A la mi-janvier, la Russie attendait toujours une réponse de l’administration Trump concernant la proposition de Poutine de maintenir volontairement ces limites pendant un an après l’expiration, mais Trump a déclaré au New York Times « s’il expire, il expire ». Et les experts d’avertir que laisser New START expirer sans accord de remplacement pourrait déclencher une course aux armements nucléaires sans contrainte entre les 2 plus grandes puissances nucléaires mondiales… qui possèdent ensemble plus de 90% des armes nucléaires de la planète.
(4) Rappel : l’annexion du Groenland s’inscrit dans une stratégie préparée depuis longtemps : en 2019, Trump I a proposé publiquement d’acheter le Groenland ; le 17 juin 2025, le département de la Défense américain a déplacé le commandement du Groenland d’Eucom (commandement Europe et Afrique) vers Northcom (commandement Amérique du Nord), signifiant que Washington ne considère plus le Groenland comme théâtre euro-atlantique mais comme territoire nord-américain. Qui plus est, la stratégie nationale de sécurité des États-Unis, publiée en novembre 2025, énonce explicitement la volonté d’affaiblir l’Union européenne, confirmée brutalement par le discours du vice-président J.D. Vance à la conférence de Munich en février 2025. Quant aux justifications sécuritaires de Trump, elles sont ouvertement mensongères : c’est au large de l’Alaska, et non du Groenland, que 5 brise-glace chinois ont été déployés en 2025. Et le « défaillant » Danemark a déjà investi 6 milliards € en 2025 pour la défense du Groenland… où les États-Unis possèdent déjà, depuis 1951, la base militaire Pituffik…
(5) Pendant ce temps-là, Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité russe, a suggéré de manière sarcastique que les 55 000 habitants du Groenland pourraient organiser un référendum pour rejoindre la Russie si Trump ne s’empresse pas de s’emparer du territoire. Une provocation qui pourrait amplifier la crise à l’OTAN, et légitimer rétrospectivement l’annexion de la Crimée et la guerre en Ukraine… L’effondrement de l’ordre juridique international profite à tous les prédateurs.
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