[notes pour une dérive contrôlée]

[note] Le prix réel de l’accumulation… avant le précipice

Un rapport de l’ONU révèle que la production alimentaire et de combustibles fossiles cause 5 milliards $ de dommages environnementaux… par heure, que l’agriculture industrielle et les combustibles fossiles génèrent environ 45 billions de dollars de préjudices… par an.

Comprendre : le capital est une machine à saccager les conditions mêmes de sa propre reproduction. L’agriculture industrielle et les combustibles fossiles ne sont pas des “externalités” qu’on pourrait corriger par quelques ajustements fiscaux, ils sont le métabolisme du système capitaliste, sa façon spécifique d’extraire de la valeur en jetant systématiquement le vivant dans la broyeuse.

Autre info : l’Arabie saoudite, la Russie, les États-Unis et l’Argentine bloquent le résumé scientifique. Ceux-là ne “nient” pas la réalité, ils affirment juste que leurs intérêts nationaux (c’est-à-dire leurs positions dans la division internationale du travail fossile) priment sur toute considération de survie collective. En somme, le climato-scepticisme a cédé la place à quelque chose de plus violent : le climato-nihilisme assumé, la gestion consciente de l’effondrement comme horizon du capital…

Et, naturellement, tandis qu’ils chiffrent méticuleusement les bénéfices futurs de l’action nécessaire (100 000 milliards en 2100), personne pour remettre en question les structures mêmes qui rendent cette action impossible. Quand ils proposent un “revenu universel” et des “taxes sur la viande” tout en laissant intact le régime d’accumulation qui produit 45 000 milliards de dégâts annuels, c’est comme prescrire de l’aspirine à un cancéreux en phase terminale. C’est une autre forme de cynisme, mais c’est du cynisme quand même.

Le rapport a raison sur un point : les crises écologiques sont désormais des crises sociales. Mais jamais l’ONU ne tirera la conclusion qui s’impose : qu’on ne peut pas “transformer le système” en laissant l’économie et la société sous le joug du capital.

Et donc le capital peut continuer à klaxonner en fonçant dans le précipice… tout en exigeant qu’on se pousse pour le laisser passer.


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