Le site « The Authoritarian Stack » (authoritarian-stack.info) est une ressource documentaire précieuse. Dirigé par Francesca Bria (1), ce projet cartographie méticuleusement les flux financiers (45 milliards de $ documentés), les réseaux de pouvoir et les contrats qui lient capital-risque, entreprises technologiques et appareil d’État à travers 5 domaines infrastructurels critiques — dont la « crypto sovereignty » qui concerne directement la tokenisation. La force du site réside apparemment dans sa rigueur empirique : il trace avec précision comment Palantir, Anduril, SpaceX et les fonds de capital-risque (Founders Fund, a16z, 1789 Capital) transforment les fonctions régaliennes en plateformes privées, tant aux États-Unis qu’en Europe.
Toutefois, l’analyse reste piégée dans la lecture idéaliste dominante où c’est l’idéologie qui alimente le capital-risque » (c’est-à-dire les « visionnaires » Thiel ou Musk) et non les contradictions internes du capitalisme tardif (crise de valorisation, suraccumulation…) qui produisent à la fois ces personnages et les infrastructures qu’ils déploient…
Un site néanmoins indispensable comme base empirique pour toute analyse matérialiste qui saurait réinterpréter ces données non comme l’œuvre de quelques oligarques techno-fascistes, mais comme l’expression nécessaire des exigences structurelles de reproduction du capital à l’ère de sa financiarisation intégrale.
(1) F. Bria publie en novembre 2025 dans Le Monde Diplomatique un article édifiant intitulé « Des fonctions régaliennes capturées par le privé. Le coup d’État de la tech autoritaire« . Elle y documente comment un réseau d’entreprises (Palantir, Anduril, SpaceX) et de fonds de capital-risque (Founders Fund, 1789 Capital, a16z) privatise 5 infrastructures critiques : données, défense, communications satellitaires, énergie nucléaire et monnaie. Le contrat Palantir de 10 milliards $ avec l’armée US (juillet 2025) transfère des fonctions militaires cruciales à une plateforme privée. Anduril (30,5 milliards $ de valorisation) déploie des armes autonomes « niveau 5 » sans intervention humaine. Le « Genius Act » érige les stablecoins en « infrastructure de sécurité nationale », conférant à des émetteurs privés des quasi-pouvoirs de banque centrale (2 000 milliards $ de bons du Trésor). Le pantouflage systématique (J.D. Vance financé par Thiel, cadres Palantir nommés lieutenant-colonels) verrouille cette capture. L’Europe suit : l’Allemagne déploie les systèmes Anduril via Rheinmetall, le NHS britannique confie 330 millions £ à Palantir pour gérer les données de millions de patients. Bria conclut que la démocratie survit comme « ancienne interface » tandis que le pouvoir réel s’exerce via des contrats qui rendent les États structurellement dépendants d’infrastructures privées.
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