.[notes & articles pour une dérive contrôlée].

Sur les arbres, la mort

« Une nuit méphitique, immobile, imprégnée d’une odeur submergeante de caveau mortuaire », écrivait Julien Gracq en évoquant l’Urwald, cette forêt primordiale dont l’obscurité réveille en nous une terreur ancestrale. Il parlait d’un petit bois français, à peine 200 m de large, suffisant pour faire surgir les « puissances maléfiques » (1) de la forêt originelle. Ce matin, les news (2) nous apprennent que les forêts tropicales d’Australie sont devenues les premières au monde à passer de puits de carbone à sources de carbone. Gracq cherchait la métaphore du caveau mortuaire dans l’imaginaire romantique, le capitalisme fossile en fait une réalité biochimique où les forêts ne sont plus des puissances qui nous dépassent, mais des variables d’ajustement avant liquidation totale.

Le capitalisme a cette fonction paradoxale : transformer l’altérité en ressource, puis épuiser cette ressource jusqu’à ce qu’elle devienne exactement ce que Gracq pressentait — un caveau. Sauf que ce ne sont plus les arbres séculaires qui dégagent cette odeur de mort, mais notre rapport social de production qui se putréfie, consumant son propre substrat vivant pour produire des profits mortifères…

Et pendant ce temps, les marchés financiers continuent de valoriser les entreprises fossiles et de spéculer sur des crédits carbone & des ETF verts. Le capitalisme est décidément d’une implacable efficacité.


(1) “Quand on se glisse dans ce sous-bois, à 3 mètres à peine de la lisière, l’obscurité est complète, nocturne – une nuit méphitique, immobile, imprégnée d’une odeur submergeante de caveau mortuaire, de champignon et de bois pourri, qui semble reculer dans les âges, et qui parle en nous à une âme très ancienne à la fois des bois de cyprès « titanesques, hantés des goûles » d’Edgar Poe, et des futaies écrasantes du carbonifère. Quiconque a traversé ce petit bois – il n’a pas deux cents mètres de large – s’est fait une fois pour toutes une idée des puissances maléfiques de l’Urwald.” (Lettrines I)

(2) “Une nouvelle étude menée par Climate Central et World Weather Attribution a révélé que le respect des objectifs actuels d’émissions visant à limiter le réchauffement à 2,6°C ajouterait 57 jours de chaleur extrême par an d’ici la fin du siècle, bien que ce soit la moitié des 114 jours attendus selon la trajectoire pré-Accord de Paris d’un réchauffement de 4°C. Depuis 2015, seulement 0,3°C de réchauffement a déjà ajouté 11 jours de chaleur supplémentaires par an à l’échelle mondiale et a rendu les événements de chaleur extrême significativement plus probables — 10 fois plus en Amazonie, neuf fois plus au Mali et au Burkina Faso, et 2 fois plus en Inde et au Pakistan. Une étude distincte publiée dans Nature a révélé que les forêts tropicales d’Australie sont devenues les premières au monde à passer de puits de carbone à sources de carbone en raison de la hausse des températures, de la sécheresse atmosphérique et des sécheresses causées par le changement climatique.” (17 octobre 2025, revue de presse Perplexity)


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