Selon Prakhar Mehrotra, vice-président senior de PayPal, nous serions passés de « l’ère de l’information » à « l’ère de l’intelligence », transition qui impose aux entreprises de repenser leurs données en termes de tokens (les unités fondamentales que traite l’IA). Avec Marc Hamilton de Nvidia, il prône l’investissement dans des « usines à IA » où les données ne seraient plus stockées et récupérées mais générées en continu, et où chaque employé devrait « développer le muscle » de penser en termes de tokens et de processus génératifs.
Ce discours est, je crois, symptomatique de la mutation en cours dont j’ai souvent parlé ici, c’est-à-dire le token s’imposant comme nouvelle « unité atomique » de valorisation dans l’entreprise algorithmique. Nous sommes en train de passer de l’ère informationnelle – qui mesurait la valeur en capacité de stockage et de traitement (gigaoctets, requêtes par seconde) – à l’ère algorithmique – qui mesure en flux de tokens, tant en input (données d’entraînement) qu’en output (génération).
Nous ne sommes qu’au début de cette tokenisation du monde du travail, et ce qui se joue n’est pas (encore) une colonisation totale du processus cognitif, mais le mouvement est clair : exiger que « tous les employés commencent à penser en termes de tokens », c’est vouloir les familiariser avec une logique computationnelle qui prépare le terrain d’une standardisation où l’activité cognitive elle-même pourra être mesurée, comparée, quantifié et optimisé en temps réel selon des métriques de « génération de tokens »…
Bernard Stiegler appelait la prolétarisation cognitive l’externalisation des capacités intellectuelles dans des systèmes qui les rendent simultanément superflues et entièrement capturables… on y est pas encore tout à fait, mais on y va.
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