Adorno voyait juste en 1944 : la psychologie contenait déjà, dans son principe même, la dissolution du sujet qu’elle prétendait étudier. Mais il ne pouvait imaginer l’accomplissement technique de cette dissolution. Ce qui était juste une métaphore critique est devenu aujourd’hui infrastructure matérielle : ce n’est plus l’homme qui définit ce qui compte dans le monde, ni même l’homme qui se définit lui-même à travers la science de soi, c’est l’algorithme qui dit ce qu’est un humain normal, ce qu’est un désir légitime pu encore ce qu’est une vie réussie. Là où devait advenir le Moi, il n’y a plus que le flux algorithmique du Ça. Autrement dit, la réification complète. Et ce d’autant plus que l’infrastructure algorithmique se fait passer pour service rendu (« je te connais, je t’aide, je te recommande ») et que nous consentons quotidiennement — moi le premier — à cette dissolution, clic après clic, scroll après scroll, comme possédés.
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