[notes pour une dérive contrôlée]

La guerre mondiale qui vient #2

Lundi 20 octobre 2025, Sergey Naryshkin, directeur du Service des renseignements extérieurs de la Russie, a accusé les membres européens de l’OTAN de préparer activement à la guerre contre la Russie. S’exprimant lors d’une réunion des agences de sécurité de la Communauté des États indépendants à Samarcande, en Ouzbékistan, Naryshkin a cité l’augmentation marquée de la production de l’industrie de défense en Europe, les exercices de mobilisation réguliers et les efforts pour équiper les Forces de réaction de l’OTAN comme preuves de préparatifs de guerre et des campagnes de propagande massives sur une prétendue agression russe. Des accusations qui surviennent alors que les alliés de l’OTAN ont convenu en juin 2025 d’augmenter les dépenses de défense à 5 % du PIB d’ici 2035 — plus du double de l’objectif précédent de 2 % — tandis que l’UE a collectivement dépensé 343 milliards € pour la défense en 2024, soit une augmentation de 19 % par rapport à l’année précédente… Naryshkin a, en outre, spécifiquement critiqué Macron et Merz, les accusant de mener l’Europe dans un conflit de grande envergure. Le chef du renseignement russe a également suggéré que l’OTAN poussait l’Ukraine vers l’escalade malgré l’intérêt de l’administration Trump pour un règlement rapide… et ce en dépit de difficultés de recrutement dues à “l’apathie généralisée et l’insatisfaction envers les élites dirigeantes”…

Au même moment, Vadym Skibitskyi, Chef adjoint de la Direction principale du renseignement de l’Ukraine, a révélé que la Russie se préparait activement à un conflit avec l’OTAN d’ici 2030, avec des dépenses de défense record à 6,3% du PIB en 2025 (le plus haut niveau depuis la guerre froide) et plus de 40% du budget fédéral consacré à l’effort de guerre. Le programme de réarmement russe de 1 100 milliards de $ jusqu’en 2036 prévoit une production industrielle massive (1 500 chars, 3 000 véhicules blindés et 40 000 drones par an), tandis que de nouveaux districts militaires ont été créés à Moscou et Leningrad dans le cadre d’une mobilisation totale de la société. Le renseignement ukrainien a estimé, en outre, que la Russie sera techniquement « prête » pour une nouvelle agression contre l’Europe 2 à 4 ans après la fin du conflit actuel en Ukraine…

On le voit bien : la déclaration de Naryshkin constitue le miroir parfait de la rhétorique occidentale, révélant la symétrie mortifère de la situation actuelle. Chaque camp utilise exactement les mêmes éléments — budgets militaires en hausse, exercices, incidents frontaliers — pour “prouver” les intentions agressives de l’autre. Une parfaite réciprocité des accusations qui démontre que nous sommes face à un mécanisme systémique où chaque préparation militaire d’un camp justifie et appelle une escalade de l’autre. Où la préparation à la guerre crée les conditions de son déclenchement.

Qui peut avoir intérêt à stopper l’escalade quand tous les acteurs (côté impérialiste et côté russe) en tirent profit ? La réponse est : aucun. Les complexes militaro-industriels des deux côtés engrangent des profits records. Les dirigeants politiques consolidident leur pouvoir en agitant la menace extérieure. Les bureaucraties militaires voient leurs budgets et leur influence exploser. Aucun camp ne cherche vraiment la paix car le système qui les gouverne a besoin de la guerre ou de sa menace permanente —ici parce que « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage », là parce que la bureaucratie russe joue sa survie…

Sachons-le : le camp impérialiste ne mobilise pas de telles ressources pour un risque hypothétique : la guerre n’est plus une possibilité abstraite mais une probabilité concrète.

Face à cette mécanique implacable, la seule force capable de briser le cycle n’est pas dans les institutions mais dans l’“apathie” populaire que Naryshkin a paru déplorée. Mieux : si cette résistance passive se transformait en opposition active, si les travailleurs des industries refusaient de produire, si les soldats refusaient de marcher, si les peuples refusaient collectivement la logique guerrière, alors les projets de mort de nos dirigeants s’effondreraient.

En attendant, la machine de guerre continue, chaque camp accusant l’autre d’une escalade qu’ils alimentent conjointement. Une course à l’abîme dont nous ne sommes que les spectateurs…


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